A propos de quatre fleurs sauvages des Monts d'Aubrac

Digigraphies / Jean-Claude Anglade

À première vue, une distance obligée sépare de leur réalité botanique, la représentation numérique de ces quatre fleurs sauvages des Monts d’Aubrac. Pourtant, comme elles, ces images ont développé formes et couleurs. Comme elles, leurs matrices ont engendré bien des métamorphoses. Comme elles, leur nature sauvage a guidé leur reproduction. Au-delà de la simple volonté de représenter leur beauté naturelle, l’outil numérique a tenté de donner un prolongement artificiel à leur désir de croissance.

De déformations en déformations successives, chacune a suivi un même processus d’hybridation jusqu’à ce qu’une apparence plausible s’impose. Le résultat de cette transformation est d’ailleurs encore une étape pouvant faire naître autre chose. On y voit le Lotier des marais boursoufler son bouton d’or à la manière d’un ballon de baudruche. On y voit la Violette des bois dresser deux têtes nébuleuses au-dessus de tiges étirées à l’extrême. On y voit la Mauve musquée épanouir sagement sa dentelle de soie rose sur un jeté de perles trop vertes pour être vraisemblables. On y voit le Cerfeuil sauvage jouer une météorologie de petits nuages n’annonçant aucune redoutable pluie.

Retrouvées à Aubrac au sein de son jardin botanique, ces quatre fleurs sauvages ont été tout d’abord, le sujet d’une oeuvre précédente où elles se chargèrent de représenter les quatre membres d’une famille de la région. Elles furent alors choisies au hasard des pages d’un petit guide classant les plantes présentes sur les monts d’Aubrac en fonction de leurs couleurs : blanches, jaunes, orangées, roses, pourpres, rouges, violacées, bleues, verdâtres, brunâtres . Accouplées ici avec leurs quatre binômes en noir et blanc, la subtilité des formes, dissociées du décor de leurs teintes, se révèle.

Je décidais ensuite de poursuivre la quête de mes quatre fleurs, devenues fétiches, en partant cette fois de l’herbier, commencé dans l’enfance par Francis Nouyrigat, auteur passionné de ce guide des Fleurs et paysages de l’Aubrac*. Aplaties sur leurs quatre planches et saisies par la sécheresse, elles n’attendaient que cela pour renaître en tant qu’images. Là encore, elles se plièrent aux caprices de la palette graphique et simulèrent sans retenue une nouvelle germination.

JCA/Février 2020

* Fleurs et paysages d’Aubrac . Francis Nouyrigat. Edition du Rouergue 1998.

Jean-Claude Anglade , artiste plasticien et enseignant d’art, est créateur de nombreux événements urbains participatifs faisant appel à l’imaginaire collectif. Il mène en parallèle à cette démarche, une recherche graphique autour de la création numérique.

Francis Nouyrigat , créateur du jardin botanique de l’Aubrac, est l’auteur de plusieurs ouvrages sur cette région dont il est originaire. Il a mis à profit sa formation d’ingénieur au service de la valorisation de la botanique et de la géologie si originales de l’Aubrac.

Infos pratiques

Flors salvatgas

Du lundi 20 juillet 2020 au dimanche 09 août 2020
tous les jours de 9 h à 19 h

Gratuit