« Le temps en tant que tel ne participe jamais à l’espace même de la peinture. La démarche passionnée du groupe Gutai fait appel au caractère concret de l’espace et du temps pour exprimer la totalité de l’émotion esthétique. On abandonne le cadre. On quitte le mur. On passe d’une conception du temps immobile à celle du temps vivant » Murakami Saburo, Sur l’art Gutai, juillet 1957.

En 2016, une collaboration naît entre le musée de la préfecture du Hyogo - province jumelée au département de l’Aveyron - et le musée Soulages à Rodez. Elle se concrétise aujourd’hui par le prêt d’un ensemble d’une vingtaine de peintures de premier ordre du groupe Gutai. Ce musée, situé à Kobé, dispose d’un des plus grands fonds de peintures Gutai au Japon, avec le musée national à Tokyo.

Gutai (1954-1972) : le nom vient de gu, instrument, et de tai, corps, son adverbe gutaieteki « concret » ou « incarnation » qui s’oppose en principe donc à l’abstrait, c’est-à-dire à l’art abstrait de l’après-guerre. Ces artistes incarnent un renouveau de l’art après la cruauté de l’histoire et face à la domination de la culture américaine. Yoshihra Jiro peut affirmer « Créer quelque chose qui n’avait jamais existé auparavant ». Après la guerre, les artistes s’immergent dans l’action et la nouveauté totale. Les premiers Gutai agissent donc dans le cadre du théâtre et du plein air, avec une mise en scène de leur geste artistique, en public. Ce sont des expositions de groupe régulières dès 1955 au Japon, mettant en avant, le corps, la matière et les éléments.

Familiers des traditions du Japon, des cérémoniels et des fêtes votives, dont les Matsuri, les Gutai vont développer une interprétation extrême de la peinture qui pour eux fait corps avec leur action. « De la peinture dotée d’un nouveau sens ».

Yoshihara Jiro (1905-1972) est considéré comme le fondateur et le théoricien de Gutai : « Je suis un maître qui n’a rien à vous apprendre, mais je vais créer un climat optimum pour la création ». Yoshihara sera le héraut, le meneur de cinquante ans, un aîné très écouté, respecté, entraînant derrière lui des artistes plus jeunes. Gutai est un mouvement radical et juvénile, dans l’action notamment, proche des milieux du théâtre et du Nô, et du milieu culturel japonais, notamment de la littérature.

Pour Gutai le matériau revêt une importance fondamentale. Quelques grands noms du mouvement en témoignent : Murakami Saburo traverse avec son corps des tableaux de papier dressés verticalement ; Shiraga Kazuo peint un tableau avec ses pieds, suspendu au bout d’une corde, Motonaga Sadamasa peint en s’aidant de volutes de fumée, Kanayama Akira dessine à l’aide d’une voiture électrique qui parcourt de manière aléatoire le champ du tableau, Matsutani Sadamasa, pour peindre utilise la colle à bois, pour faire des bulles et des cloques organiques... Le rôle du corps de l’artiste, sa gestualité, avec le passage de la peinture sont redécouverts par le mouvement Gutai. Il s’inscrit dans un contexte de vie intense. Quand bien même il est éphémère à l’origine, cet art laisse des traces par des toiles, des objets, des tirages photographiques ou des films, proposés dans l’exposition.

Parmi les oeuvres en provenance de Kobe, la majorité d’entre elles relève de la période historique de Gutai, années 50 et 60, beaucoup n’ayant jamais été présentées en Europe. Quelques oeuvres de Shiraga et Matsutani ponctuent le début des années 90 montrant la permanence Gutai. L’exposition a aussi de prêts majeurs du musée des Abattoirs de Toulouse, de la Fondation Axel & May Vervoordt à Anvers, du Centre Georges Pompidou, du musée Cantini à Marseille et d’une collection particulière, soient 45 oeuvres. Elle est une formidable initiation à l’art Gutai qui est celui de la couleur, de l’invention, du jeu, de l’assemblage. Elle permettra de familiariser l’Occitanie à la culture japonaise, notamment en présentant des oeuvres d’artistes

universellement reconnus tels Murakami, Shiraga, Motonaga, Yoshihira, Tanaka, Matsutani…

Les artistes nord-américains, comme Jackson Pollock, ont regardé attentivement les productions du mouvement Gutai. Michel Tapié, critique d’art et auteur, le concepteur de l’Art Autre dont la famille est originaire de l’Aveyron, accompagne les Gutai au Japon et les fait connaître en Europe. L’exposition à Rodez lui est dédiée.

Pour Gutai, le temps et l’espace, Rodez agglomération bénéficie du soutien de l’Etat – ministère de la Culture et de la Communication, de la région Occitanie, du Département de l’Aveyron et a obtenu le label « Japonismes 2018 ». Cette exposition d’envergure internationale est la première en France depuis celle de la galerie du Jeu de Paume en 1999.

Artistes japonais au nombre de 20 : Imai Norio, Motonaga Sadamasa, Uemae Chiyu, Kanayama Akira, Shiraga Kazuo, Tanaka Atsuko, Masanobu Masatoshi, Matsutani Takesada, Mukai Shuji, Murakami Saburo, Yamazaki Tsuruko, Yoshihara Jiro, Kanno Seiko, Tsubouchi Teruyuki, Sumi yasuo, Yoshida Toshio, Shimamoto Shozo, Kimiko Ohara, Sadaharu Horio, Nasaka Yuko.


Infos pratiques

Gutai, l'espace du temps

Du samedi 07 juillet 2018 au dimanche 04 novembre 2018

Payant

Organisateur

Musée Soulages

Jardin du Foirail
12000 Rodez

Tél. 05 65 73 82 60

E-mail :

Site web : http://musee-soulages.rodezagglo.fr/

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